Souvenir 10 - OISEAUX ET PIGEONS MORTS EN GARE


J’avais remarqué qu’en hiver dans les gares et aux abords des gares il y avait des personnes âgées ( âgées pour moi qui n’avais que 4 ans ) avec des grands manteaux, des écharpes, des gants. Ces personnes âgées marchaient entre les rails et ramassaient des choses qu’ils mettaient dans leurs sacs et bien sur étant curieux, j’avais demandé ce qu’ils faisaient là. On m’avait donc expliqué que la guerre qui venait à peine de se terminer avait fait beaucoup de gens très malheureux. Il y avait ceux qui avaient du se sauver à l’approche des Allemands, ils atterrissaient n’importe où mais n’avaient plus de maison pour se loger, ou bien ceux qui avaient du partir à cause des bombardements, ceux-là non plus n’avaient plus de maison. Plus de maison et pour beaucoup pas de travail donc pas d’argent et par conséquent pas de quoi se nourrir. Ils mendiaient mais ne ramenaient pas grand-chose car les autres comme mes parents, avaient bien un logement mais seulement deux pièces pour cinq, les autres comme mon père avaient bien un travail mais un seul petit salaire pour faire vivre une famille de cinq. Alors les autres n’avaient pas beaucoup d’argent pour ceux qui mendiaient.
A cette époque les hivers à Paris étaient plus rudes et plus froids que maintenant et même les moineaux et les pigeons avaient du mal à résister. Alors pour trouver un peu de chaleur, ces volatiles s’approchaient des locomotives à vapeur et souvent trop près et ils ne pouvaient éviter les jets de vapeur des pistons. Et ces choses que les personnes en grands manteaux ramassaient étaient donc ces oiseaux, ainsi ils avaient un peu de viande au menu.
Il n’y a pas que les oiseaux qui étaient ramassés, beaucoup d’indigents n’hésitaient pas à se baisser pour ramasser tous les mégots de cigarette ou un bout de cigare avec de la chance et le soir après avoir récupérer le tabac qui n’avait pas brûlé, ils pouvaient le fumer dans une pipe.

Souvenir 27 - MON ACCIDENT A VELO CONTRE UNE 4 CHEVAUX


J’ai 15 ans et bientôt 16, l’été approche. C’est l’après-midi bien entamée, je suis en vélo pour mon plaisir ou pour une course pour Maman, à Montreuil sous bois rue Galliéni, c’est une rue très passante mais pas très large et à double sens à l’époque. Il fait chaud et, est-ce un début d’insolation ou bien a nouveau un mauvais tour que me joue l’épilepsie. De toutes façons, je me retrouve avec une chute de vélo et malheureusement face à moi se ramène une quatre chevaux que je ne vois pas puisque je suis inconscient et son pare-chocs me cogne la base arrière du crâne. Le choc me réanime aussitôt et quand je reprends conscience, je suis debout, le vélo à la main et près à repartir mais un monsieur tout affolé essaye de m’en empêcher car ce que je ne vois pas et ne sens pas, c’est que j’ai le cuir chevelu entamé et que ça saigne. Ce monsieur affolé n’est autre que le chauffeur de la voiture et j’aimerais bien savoir ce qu’il a ressenti au moment ou il m’a vu passer sous sa voiture.
Sûrement ça l’a bouleversé car une fois que j’ai été emmené par police secours, il a suivi ceux qui se rendaient à la maison grâce à ma carte d’identité pour prévenir Maman et il a tenu à l’emmener lui-même pour me rejoindre à l’hôpital. L’histoire ne dit pas lequel des deux a réconforté l’autre pendant le trajet.
Toute la semaine où je suis resté en observation à l’hôpital, ce monsieur et son épouse sont venus me voir tous les jours avec petits cadeaux à chaque fois. Une fois rassurés ces gens se sont éclipsés et je ne les ai plus jamais revu.
Quelques temps après mes crises d’épilepsie augmentaient non pas en intensité mais en quantité.

Souvenir 26 - ROME - PIE XII - DECEPTION


Nous sommes le lendemain matin de mon arrivée à Rome, et une visite au Vatican est prévue avant notre départ pour Capodimonte, lieu de nos vacances. Je m’attendais bien sur à rentrer dans la basilique et comme tout le monde se mettre sur la pointe de pieds pour apercevoir le Pape mais non, c’était le jour de l’audience papale et ce jour là le Pape traverse la basilique pour remonter vers le chœur en bénissant les pèlerins à droite et à gauche puis se rend dans des appartements pour recevoir en audience privée ceux qui en avaient fait la demande ( les rendez-vous se prenaient longtemps à l’avance ). Les audiences terminées le Pape se rendait aux balcons pour bénir la foule sur la place. Je ne me souviens pas à l’époque du jour mais actuellement c’est tous les mercredis qu’il y a audience et bénédiction. Ca aurait du se passer mieux que je ne pensais, je n’aurais pas eu à tendre le cou ou monter sur la pointe des pieds pour voir le Pape, la famille qui m’accueillait faisait partie des notables et pouvait avoir à tous moments une bonne chaise dans une bonne travée au passage du Pape. Seulement voilà même les gens les plus influents ne peuvent rien contre les imprévus et celui là pour moi était de taille. Le Pape était souffrant et la journée d’audience et bénédiction avait été annulée le matin même.
Je n’ai donc pas vu Pie XII  -  occasion ratée, deux ans après il décédait  -  Grosse déception pour moi car le pape représentait beaucoup pour nous à cette époque. J’en suis à mon 6ème Pape mais pour moi vraiment il n’y en a eu qu’un, celui de ma jeunesse, celui de l’âge ou on croit à tout, alors que tout est faux.

Souvenir 25 - PREMIERE ANNEE D ECOLE EN Belgique ( cote de veau )


Il me reste un souvenir à raconter concernant l’école, il s’agit de mon problème côte de veau. Ma marraine avait été prévenue qu’il m’arrivait de me battre de temps en temps en récréation et toujours avec le même petit garçon ce qui d’ailleurs m’avait valu le père Fouetard. Voulant en savoir plus, Marraine me demande qui est ce garçon et pourquoi se battre.
_  Il s’appelle cote de veau et il se moque de moi parce que je n’ai pas le même accent que lui ou les autres.
La réponse a bien fait rire, et il a fallu m’expliquer correctement que ce garçon s’appelle en réalité Claude Devaux et qu’il fallait tous les deux que l’on fasse la paix car on était appelé à se rencontrer souvent car j’ai avec Claude le même degré de parenté qu’avec Thérèse. Nous sommes enfants de cousins germains.
Pour mieux comprendre il faut reprendre mon arbre généalogique. Dans la génération 1870 on trouve 8 frères et sœurs parmi lesquels Carpin Aline et un de ses frères Carpin Camille. Carpin Aline est la grand-mère de Claude Devaux et Carpin Camille est mon grand-père. A noter en passant comme ça, il a fallu attendre 100 ou 110 ans pour avoir à nouveau une
Carpin Aline dans la famille. La chose étant réglée car Claude ignorait également que je suis son cousin, plus de problème, plus de bagarre d’ailleurs j’en reparlerai un peu plus loin. On se voyait régulièrement pendant mes vacances puis la vie professionnelle et la vie de famille nous ont un peu éloignés, on se revoyait aux enterrements, c’est la coutume. Mais nous gardons contact, il y a deux ans en 2008 il m’a envoyé des photos pour étoffer mon arbre généalogique.

24 - Première année d'école en Belgique 2/3

Début décembre, Saint Nicolas passe dans toutes les écoles et visite toutes les classes. Depuis quelques jours on nous explique comment se passera cette visite. Saint Nicolas sera accompagné de père fouettard et il verra les enfants un par un. Il nous demandera si nous avons été sage ou pas trop, pas question de mentir notre maître est derrière nous. Les enfants sages défileront devant Saint Nicolas pour recevoir leur paquet de bonbons et les moins sages ou les petits démons passeront devant le père Fouettard pour quelques coups de fouets. On lui tourne le dos, il installe une planche en bois et fouette la planche à l'endroit supposé de nos fesses. Physiquement nous ne sommes pas atteints mais çà nous fait quand même quelque chose, ne pas avoir les bonbons de Saint Nicolas, se payer la tête du père fouettard, le bruit du fouet contre la planche et je sais de quoi parle car ce jour là, je faisais partie du groupe des petits démons. Mais après, tout le monde était quand même content de la journée car avant de partir Saint Nicolas avait donné les bonbons aux petits démons contre la promesse qu'ils feraient beaucoup d'efforts pour s'améliorer.

23 - Première année d'école en Belgique 1/3

St Nicolas, repas du midi, côte de veau

Pour que çà ne soit pas trop long, j'ai coupé ce souvenir en 3 parties.
Le midi après le repas, Fernand venait me rechercher pour l'école. Il se dépêchait de nous rejoindre car chez lui son père était plutôt du genre tyrannique et s'il n'était pas maltraité, il n'était pas bien aimé. Venir très vite, pour lui le plaisir était double, premièrement il partait rapidement de chez lui et deuxièmement il y avait toujours une part de dessert qui l'attendait. Moi de mon côté je le voyais des fois arriver avec plaisir car pour ce qui était de manger, j'étais plutôt spécial. Quand j'aimais, je mangeais rapidement et avec excès par contre quand je n'aimais pas je faisais des boulettes que je gardais en bouche sans les avaler et çà ma Marraine ne supportait pas. Elle me sortait de table et me mettait derrière la porte de cave qu'elle refermait en me laissant quand même la lumière. Ce qu'elle ne savait pas c'est qu'au lieu d'être inquiet, j'aimais bien cette cave. Je la connaissais par coeur car Bon Papa de temps en temps en allant chercher les seaux de charbon m'emmenait avec lui pour son inspection. Cette cave est en sous-sol et comporte 4 pièces avec soupirail, au fond côté rue une pièce pour le charbon et là on contrôlait la hauteur restante de charbon pour la commande future. A côté une 2e pièce qui servait de garde manger. Côté jardin 2 autres pièces l'une pour les pommes et les poires que l'on devait surveiller pour qu'elles ne s'abîment pas, dans cette pièce il y avait aussi tous les bocaux avec les fruits et légumes stérilisés. Dans la dernière pièce il y avait son trésor, une cave à vins à alcool et à bière. Je pense que cette pièce était sa préférée car difficile à avoir, à cette époque la vente de vin et alcool était contrôlée. Marraine ne se rendait pas compte qu'elle me punissait dans un endroit que j'aimais bien. Mais j'aimais bien aussi quand Fernand arrivait puisqu'on me sortait, on oubliait mes boulettes et j'avais quand même droit au dessert.

6 - Le lendemain du zoo et la fessée

Notre visite nous avait laissés de bons souvenir. Je rappelle que l'on avait à peine décramponné de la fosse aux singes. Le lendemain nous nous retrouvons dans la cour de l'immeuble pour y jouer et bien sur les souvenirs de la veille sont trop forts et on s'amuse à être des singes. Au fond de la cour il y avait une petite usine qui fabriquait des crayons et qui stockait de grandes caisses vides pour l'emballage et on avait pris l'habitude de jouer dedans. Et ce jour c'était le jeu des singes et comme on voulait vraiment faire comme eux, on s'était déculotté et on se cherchait des puces sur les fesses. Puis soudain Maman est arrivée. Je ne sais pas si elle était en colère ou bien outrée mais comme j'étais l'aîné et que j'avais entraîné Gervais et les deux petites filles, ce fut moi qu'elle emmena pour une fessée avec martinet.
Ces fessées là ne sont jamais violente mais je m'en souviens. A cette époque dans chaque foyer il y avait un martinet pour tenir les enfants. Les parents ne donnaient pas de raclée à main nue, c'était considéré comme pouvant être trop violent s'il y avait énervement. Tandis qu'un martinet ou une baguette souple chauffait un peu les chairs mais sans plus. Maman usait du martinet, Papa lui ne nous a jamais rudoyé d'aucune façon mais il était d'accord avec Maman alors du coup il laissait faire et ne nous consolait pas.
Les punitions au martinet de Maman n'étaient pas des plus violentes, deux coups de lanières jamais plus et toujours sur les fesses ou l'arrière des cuisses, là où il y a beaucoup de chair et de gras. C'est surtout notre amour-propre qui en prenait un coup.
Comme pour les parents, les maîtres d'école pouvaient user de cette petite violence, tirer les petits cheveux qu'il y a le long des tempes, quelques coups de règle dans la paume de la main que l'on devait tendre mais jamais de gifles et quand cela arrivait, les parents venaient chercher des explications et çà suffisait à détendre l'atmosphère.