J’avais remarqué qu’en hiver dans les gares et aux abords des gares il y avait des personnes âgées ( âgées pour moi qui n’avais que 4 ans ) avec des grands manteaux, des écharpes, des gants. Ces personnes âgées marchaient entre les rails et ramassaient des choses qu’ils mettaient dans leurs sacs et bien sur étant curieux, j’avais demandé ce qu’ils faisaient là. On m’avait donc expliqué que la guerre qui venait à peine de se terminer avait fait beaucoup de gens très malheureux. Il y avait ceux qui avaient du se sauver à l’approche des Allemands, ils atterrissaient n’importe où mais n’avaient plus de maison pour se loger, ou bien ceux qui avaient du partir à cause des bombardements, ceux-là non plus n’avaient plus de maison. Plus de maison et pour beaucoup pas de travail donc pas d’argent et par conséquent pas de quoi se nourrir. Ils mendiaient mais ne ramenaient pas grand-chose car les autres comme mes parents, avaient bien un logement mais seulement deux pièces pour cinq, les autres comme mon père avaient bien un travail mais un seul petit salaire pour faire vivre une famille de cinq. Alors les autres n’avaient pas beaucoup d’argent pour ceux qui mendiaient.
A cette époque les hivers à Paris étaient plus rudes et plus froids que maintenant et même les moineaux et les pigeons avaient du mal à résister. Alors pour trouver un peu de chaleur, ces volatiles s’approchaient des locomotives à vapeur et souvent trop près et ils ne pouvaient éviter les jets de vapeur des pistons. Et ces choses que les personnes en grands manteaux ramassaient étaient donc ces oiseaux, ainsi ils avaient un peu de viande au menu.
Il n’y a pas que les oiseaux qui étaient ramassés, beaucoup d’indigents n’hésitaient pas à se baisser pour ramasser tous les mégots de cigarette ou un bout de cigare avec de la chance et le soir après avoir récupérer le tabac qui n’avait pas brûlé, ils pouvaient le fumer dans une pipe.
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