classement

Note personnelle :


1 souvenir n° 4 28 souvenir n° 53
2 souvenir n° 6 29 souvenir n° 51
3 souvenir n° 10 30 souvenir n° 31
4 souvenir n° 2 31 souvenir n° 20
5 souvenir n° 14 32 souvenir n° 16
6 souvenir n° 5 33 souvenir n° 35
7 souvenir n° 50 34 souvenir n° 45
8 souvenir n° 49 35 souvenir n° 12
9 souvenir n° 7 36 souvenir n° 15
10 souvenir n° 11 37 souvenir n° 19
11 souvenir n° 52 38 souvenir n° 26
12 souvenir n° 22 39 souvenir n° 30
13 souvenir n° 23 40 souvenir n° 34
14 souvenir n° 24 41 souvenir n° 38
15 souvenir n° 25 42 souvenir n° 42
16 souvenir n° 3 43 souvenir n° 37
17 souvenir n° 18 44 souvenir n° 13
18 souvenir n° 33 45 souvenir n° 27
19 souvenir n° 44 46 souvenir n° 47
20 souvenir n° 29 47 souvenir n° 40
21 souvenir n° 9 48 souvenir n° 43
22 souvenir n° 8 49 souvenir n° 32
23 souvenir n° 1 50 souvenir n° 17
24 souvenir n° 41 51 souvenir n° 28
25 souvenir n° 39 52 souvenir n° 21
26 souvenir n° 46 53 souvenir n° 36
27 souvenir n° 48
 

Souvenir 14 - Méprise entre pain blanc et gâteau


4/5 ans toujours  ( j’ai beaucoup de souvenirs de cette période ) manger n’est pas toujours facile pendant la période guerre et après guerre. Nous autres jeunes enfants ne pouvions pas vraiment nous en rendre compte puisque vu notre age nous n’avions jamais mangé que comme ça. Jusqu’en 1949 nous n’avons jamais connu que du pain gris ou marron. Alors quand Papa se débrouillait bien, Maman avait de temps en temps avait assez de lait, beurre, œuf, farine, pour nous faire un quatre-quarts et c’était la fête. Ce pain gris par moment, on l’aimait bien quand même, quand les parents allaient chercher le pain avec les tickets de rationnement, d’abord ce n’était pas de la baguette ou du pain parisien mais seulement des gros pains de 1 ou 2 kilos pour plusieurs jours. Les premiers jours le pain était supportable a manger, mais après il durcissait très vite alors Maman nous le préparait pour le petit déjeuner. Elle coupait ce pain dur comme du caillou en petits morceaux et ensuite dans un grand bol elle disposait une couche de morceaux de pain qu’elle recouvrait de sucre en poudre et ainsi de suite jusqu’en haut du bol. Pour finir elle remplissait de café jusqu’en haut. Nous n’avions plus qu’à manger à la petite cuillère ce pain trempé et sucré et pour finir boire le café restant. Ce n’était pas pour nous un supplice car nous aimions bien ça, encore maintenant je n’ai pas oublié et de temps en temps il m’arrive encore de le refaire comme petit déjeuner sauf que maintenant je trempe le pain avec du vrai café. Je parle de vrai café car à l’époque de mes 4/5 ans maman avait très peu de café à moudre et elle compensait avec de la chicorée ( il devait d’ailleurs y avoir plus de chicorée que de café ) pas de problème pour nous, on aimait le goût de la chicorée.
Que ce soit dans la famille à Paris ou dans la famille en Belgique les jeunes enfants déjeunaient avec du café comme les adultes.
Il est temps que je revienne sur le titre de mon souvenir, ( méprise entre pain blanc et gâteau ) A cet âge je partais en Belgique pour y vivre quelques mois et à mon premier repas, je découvrais sur la table une panière avec un pain tranché. Là-bas le pain est de forme carrée et il est fait au lait. Je ne me souviens pas de tout mais j’ai du être surpris quand on a mis une tranche de pain près de mon assiette. Comme tout le monde attaquait son pain, je me suis pressé de tout manger. Plus tard Marraine me racontait : quand tu as eu fini tout ton pain tu m’as demandé si tu pouvais reprendre une tranche de gâteau. J’avais fait l’amalgame entre le quatre-quarts de Maman et le pain blanc de Belgique.
Je pense que ce jour là tout en le sachant déjà, la famille a du se rendre compte vraiment de nos privations par rapport à eux en Belgique.

Souvenir 10 - OISEAUX ET PIGEONS MORTS EN GARE


J’avais remarqué qu’en hiver dans les gares et aux abords des gares il y avait des personnes âgées ( âgées pour moi qui n’avais que 4 ans ) avec des grands manteaux, des écharpes, des gants. Ces personnes âgées marchaient entre les rails et ramassaient des choses qu’ils mettaient dans leurs sacs et bien sur étant curieux, j’avais demandé ce qu’ils faisaient là. On m’avait donc expliqué que la guerre qui venait à peine de se terminer avait fait beaucoup de gens très malheureux. Il y avait ceux qui avaient du se sauver à l’approche des Allemands, ils atterrissaient n’importe où mais n’avaient plus de maison pour se loger, ou bien ceux qui avaient du partir à cause des bombardements, ceux-là non plus n’avaient plus de maison. Plus de maison et pour beaucoup pas de travail donc pas d’argent et par conséquent pas de quoi se nourrir. Ils mendiaient mais ne ramenaient pas grand-chose car les autres comme mes parents, avaient bien un logement mais seulement deux pièces pour cinq, les autres comme mon père avaient bien un travail mais un seul petit salaire pour faire vivre une famille de cinq. Alors les autres n’avaient pas beaucoup d’argent pour ceux qui mendiaient.
A cette époque les hivers à Paris étaient plus rudes et plus froids que maintenant et même les moineaux et les pigeons avaient du mal à résister. Alors pour trouver un peu de chaleur, ces volatiles s’approchaient des locomotives à vapeur et souvent trop près et ils ne pouvaient éviter les jets de vapeur des pistons. Et ces choses que les personnes en grands manteaux ramassaient étaient donc ces oiseaux, ainsi ils avaient un peu de viande au menu.
Il n’y a pas que les oiseaux qui étaient ramassés, beaucoup d’indigents n’hésitaient pas à se baisser pour ramasser tous les mégots de cigarette ou un bout de cigare avec de la chance et le soir après avoir récupérer le tabac qui n’avait pas brûlé, ils pouvaient le fumer dans une pipe.

Souvenir 27 - MON ACCIDENT A VELO CONTRE UNE 4 CHEVAUX


J’ai 15 ans et bientôt 16, l’été approche. C’est l’après-midi bien entamée, je suis en vélo pour mon plaisir ou pour une course pour Maman, à Montreuil sous bois rue Galliéni, c’est une rue très passante mais pas très large et à double sens à l’époque. Il fait chaud et, est-ce un début d’insolation ou bien a nouveau un mauvais tour que me joue l’épilepsie. De toutes façons, je me retrouve avec une chute de vélo et malheureusement face à moi se ramène une quatre chevaux que je ne vois pas puisque je suis inconscient et son pare-chocs me cogne la base arrière du crâne. Le choc me réanime aussitôt et quand je reprends conscience, je suis debout, le vélo à la main et près à repartir mais un monsieur tout affolé essaye de m’en empêcher car ce que je ne vois pas et ne sens pas, c’est que j’ai le cuir chevelu entamé et que ça saigne. Ce monsieur affolé n’est autre que le chauffeur de la voiture et j’aimerais bien savoir ce qu’il a ressenti au moment ou il m’a vu passer sous sa voiture.
Sûrement ça l’a bouleversé car une fois que j’ai été emmené par police secours, il a suivi ceux qui se rendaient à la maison grâce à ma carte d’identité pour prévenir Maman et il a tenu à l’emmener lui-même pour me rejoindre à l’hôpital. L’histoire ne dit pas lequel des deux a réconforté l’autre pendant le trajet.
Toute la semaine où je suis resté en observation à l’hôpital, ce monsieur et son épouse sont venus me voir tous les jours avec petits cadeaux à chaque fois. Une fois rassurés ces gens se sont éclipsés et je ne les ai plus jamais revu.
Quelques temps après mes crises d’épilepsie augmentaient non pas en intensité mais en quantité.

Souvenir 26 - ROME - PIE XII - DECEPTION


Nous sommes le lendemain matin de mon arrivée à Rome, et une visite au Vatican est prévue avant notre départ pour Capodimonte, lieu de nos vacances. Je m’attendais bien sur à rentrer dans la basilique et comme tout le monde se mettre sur la pointe de pieds pour apercevoir le Pape mais non, c’était le jour de l’audience papale et ce jour là le Pape traverse la basilique pour remonter vers le chœur en bénissant les pèlerins à droite et à gauche puis se rend dans des appartements pour recevoir en audience privée ceux qui en avaient fait la demande ( les rendez-vous se prenaient longtemps à l’avance ). Les audiences terminées le Pape se rendait aux balcons pour bénir la foule sur la place. Je ne me souviens pas à l’époque du jour mais actuellement c’est tous les mercredis qu’il y a audience et bénédiction. Ca aurait du se passer mieux que je ne pensais, je n’aurais pas eu à tendre le cou ou monter sur la pointe des pieds pour voir le Pape, la famille qui m’accueillait faisait partie des notables et pouvait avoir à tous moments une bonne chaise dans une bonne travée au passage du Pape. Seulement voilà même les gens les plus influents ne peuvent rien contre les imprévus et celui là pour moi était de taille. Le Pape était souffrant et la journée d’audience et bénédiction avait été annulée le matin même.
Je n’ai donc pas vu Pie XII  -  occasion ratée, deux ans après il décédait  -  Grosse déception pour moi car le pape représentait beaucoup pour nous à cette époque. J’en suis à mon 6ème Pape mais pour moi vraiment il n’y en a eu qu’un, celui de ma jeunesse, celui de l’âge ou on croit à tout, alors que tout est faux.

Souvenir 25 - PREMIERE ANNEE D ECOLE EN Belgique ( cote de veau )


Il me reste un souvenir à raconter concernant l’école, il s’agit de mon problème côte de veau. Ma marraine avait été prévenue qu’il m’arrivait de me battre de temps en temps en récréation et toujours avec le même petit garçon ce qui d’ailleurs m’avait valu le père Fouetard. Voulant en savoir plus, Marraine me demande qui est ce garçon et pourquoi se battre.
_  Il s’appelle cote de veau et il se moque de moi parce que je n’ai pas le même accent que lui ou les autres.
La réponse a bien fait rire, et il a fallu m’expliquer correctement que ce garçon s’appelle en réalité Claude Devaux et qu’il fallait tous les deux que l’on fasse la paix car on était appelé à se rencontrer souvent car j’ai avec Claude le même degré de parenté qu’avec Thérèse. Nous sommes enfants de cousins germains.
Pour mieux comprendre il faut reprendre mon arbre généalogique. Dans la génération 1870 on trouve 8 frères et sœurs parmi lesquels Carpin Aline et un de ses frères Carpin Camille. Carpin Aline est la grand-mère de Claude Devaux et Carpin Camille est mon grand-père. A noter en passant comme ça, il a fallu attendre 100 ou 110 ans pour avoir à nouveau une
Carpin Aline dans la famille. La chose étant réglée car Claude ignorait également que je suis son cousin, plus de problème, plus de bagarre d’ailleurs j’en reparlerai un peu plus loin. On se voyait régulièrement pendant mes vacances puis la vie professionnelle et la vie de famille nous ont un peu éloignés, on se revoyait aux enterrements, c’est la coutume. Mais nous gardons contact, il y a deux ans en 2008 il m’a envoyé des photos pour étoffer mon arbre généalogique.

24 - Première année d'école en Belgique 2/3

Début décembre, Saint Nicolas passe dans toutes les écoles et visite toutes les classes. Depuis quelques jours on nous explique comment se passera cette visite. Saint Nicolas sera accompagné de père fouettard et il verra les enfants un par un. Il nous demandera si nous avons été sage ou pas trop, pas question de mentir notre maître est derrière nous. Les enfants sages défileront devant Saint Nicolas pour recevoir leur paquet de bonbons et les moins sages ou les petits démons passeront devant le père Fouettard pour quelques coups de fouets. On lui tourne le dos, il installe une planche en bois et fouette la planche à l'endroit supposé de nos fesses. Physiquement nous ne sommes pas atteints mais çà nous fait quand même quelque chose, ne pas avoir les bonbons de Saint Nicolas, se payer la tête du père fouettard, le bruit du fouet contre la planche et je sais de quoi parle car ce jour là, je faisais partie du groupe des petits démons. Mais après, tout le monde était quand même content de la journée car avant de partir Saint Nicolas avait donné les bonbons aux petits démons contre la promesse qu'ils feraient beaucoup d'efforts pour s'améliorer.

23 - Première année d'école en Belgique 1/3

St Nicolas, repas du midi, côte de veau

Pour que çà ne soit pas trop long, j'ai coupé ce souvenir en 3 parties.
Le midi après le repas, Fernand venait me rechercher pour l'école. Il se dépêchait de nous rejoindre car chez lui son père était plutôt du genre tyrannique et s'il n'était pas maltraité, il n'était pas bien aimé. Venir très vite, pour lui le plaisir était double, premièrement il partait rapidement de chez lui et deuxièmement il y avait toujours une part de dessert qui l'attendait. Moi de mon côté je le voyais des fois arriver avec plaisir car pour ce qui était de manger, j'étais plutôt spécial. Quand j'aimais, je mangeais rapidement et avec excès par contre quand je n'aimais pas je faisais des boulettes que je gardais en bouche sans les avaler et çà ma Marraine ne supportait pas. Elle me sortait de table et me mettait derrière la porte de cave qu'elle refermait en me laissant quand même la lumière. Ce qu'elle ne savait pas c'est qu'au lieu d'être inquiet, j'aimais bien cette cave. Je la connaissais par coeur car Bon Papa de temps en temps en allant chercher les seaux de charbon m'emmenait avec lui pour son inspection. Cette cave est en sous-sol et comporte 4 pièces avec soupirail, au fond côté rue une pièce pour le charbon et là on contrôlait la hauteur restante de charbon pour la commande future. A côté une 2e pièce qui servait de garde manger. Côté jardin 2 autres pièces l'une pour les pommes et les poires que l'on devait surveiller pour qu'elles ne s'abîment pas, dans cette pièce il y avait aussi tous les bocaux avec les fruits et légumes stérilisés. Dans la dernière pièce il y avait son trésor, une cave à vins à alcool et à bière. Je pense que cette pièce était sa préférée car difficile à avoir, à cette époque la vente de vin et alcool était contrôlée. Marraine ne se rendait pas compte qu'elle me punissait dans un endroit que j'aimais bien. Mais j'aimais bien aussi quand Fernand arrivait puisqu'on me sortait, on oubliait mes boulettes et j'avais quand même droit au dessert.

6 - Le lendemain du zoo et la fessée

Notre visite nous avait laissés de bons souvenir. Je rappelle que l'on avait à peine décramponné de la fosse aux singes. Le lendemain nous nous retrouvons dans la cour de l'immeuble pour y jouer et bien sur les souvenirs de la veille sont trop forts et on s'amuse à être des singes. Au fond de la cour il y avait une petite usine qui fabriquait des crayons et qui stockait de grandes caisses vides pour l'emballage et on avait pris l'habitude de jouer dedans. Et ce jour c'était le jeu des singes et comme on voulait vraiment faire comme eux, on s'était déculotté et on se cherchait des puces sur les fesses. Puis soudain Maman est arrivée. Je ne sais pas si elle était en colère ou bien outrée mais comme j'étais l'aîné et que j'avais entraîné Gervais et les deux petites filles, ce fut moi qu'elle emmena pour une fessée avec martinet.
Ces fessées là ne sont jamais violente mais je m'en souviens. A cette époque dans chaque foyer il y avait un martinet pour tenir les enfants. Les parents ne donnaient pas de raclée à main nue, c'était considéré comme pouvant être trop violent s'il y avait énervement. Tandis qu'un martinet ou une baguette souple chauffait un peu les chairs mais sans plus. Maman usait du martinet, Papa lui ne nous a jamais rudoyé d'aucune façon mais il était d'accord avec Maman alors du coup il laissait faire et ne nous consolait pas.
Les punitions au martinet de Maman n'étaient pas des plus violentes, deux coups de lanières jamais plus et toujours sur les fesses ou l'arrière des cuisses, là où il y a beaucoup de chair et de gras. C'est surtout notre amour-propre qui en prenait un coup.
Comme pour les parents, les maîtres d'école pouvaient user de cette petite violence, tirer les petits cheveux qu'il y a le long des tempes, quelques coups de règle dans la paume de la main que l'on devait tendre mais jamais de gifles et quand cela arrivait, les parents venaient chercher des explications et çà suffisait à détendre l'atmosphère.

22 - Première année d'école en Belgique

Je dois préciser que si mes souvenirs restent bien net dans ma mémoire et aussi dans mon visuel car dans ma tête je vois tout le monde comme si c'était hier, même moi, je me revois parfaitement. Seul léger bémol car des fois je situe mal dans le temps mon souvenir alors, je note 4/5 ans, 5/6 ans, çà peut être vague sur deux ans.

5/6 ans, ma Marraine m'a pris en pension pour un an. Bien sûr, çà implique également une année scolaire en Belgique, je ne suis pas un gamin difficile et je suis le mouvement. Le matin, je ne sais plus comment je me rendais à l'école mais certainement que quelqu'un de la maison devait m'emmener. Par contre, je me souviens très bien de la façon dont nous étions tous réveillés le matin.
Bon-Papa se levait le premier très tôt, préparait le café et pendant que ce café passait il faisait sa toilette. Tout çà terminé, il se mettait dans le couloir au pied des escaliers et sifflait en direction des chambres. Il sifflait façon sirène de police ou de pompier mais sa méthode était bonne car tout le monde se levait rapidement.
Le midi pas de problème avec mes souvenirs, c'est Fernand, un jeune voisin qui habitait dans la même rue et qui me prenait en charge le midi pour me ramener à la maison et une fois le repas terminé Fernand et moi repartions à l'école.
Fernand a quatre ans de plus que moi donc 10 ans à l'époque. Il a toujours fait parti plus ou moins de mon horizon belge. Un clan de vacances s'était formé dans la rue, ainsi j'avais 9 ans, j'étais le plus jeune de ce clan, ensuite venait Thérèse 11 ans, Fernand 13 ans, (Thérèse et Fernand vécurent quelques amourettes d'adolescents) et venaient ensuite pour compléter ce clan ma cousine Madeleine 15 ans, et deux voisins Paulette et Michel 15 ans aussi. (Ce n'est que beaucoup plus tard que Michel devait épouser Madeleine en seconde noce). Ce clan ne s'ennuyait pas et des fois exagérait dans ses activités, il fallait réprimer et je me souviens d'une fin d'après-midi où ma Marraine m'envoyait me coucher jusqu'au repas du soir et installait les 5 autres autour de la table pour y faire des devoirs en guise de punitions.
Fernand a fait sa vie à Mont sur Marchienne, femme, enfants, plusieurs commerces différents, et il arrive encore que l'on se rencontre dans la rue, l'occasion de discuter un peu.

5 - Annie et Nicole

Je parlais plus haut d'une famille Belge (Gisèle et Gaston) qui m'avait pris en charge en gare du Nord. Famille que je ne connaissais pas sur le moment mais après famille à qui j'allais dire bonjour tous les jours, je n'avais pas beaucoup de chemin à faire puisqu'ils demeuraient juste en face et je n'avais que la rue à traverser. Cette famille se composait du grand-père (dont j'ai oublié le prénom), de la grand-mère Bertha, de la fille Gisèle et de son mari Gaston. Ces deux derniers avaient une fille Annie.
A l'époque, elle avait 4 ans et j'en avais 5. Il y avait aussi dans cette famille une autre jeune fille, c'était la soeur de Gisèle, je ne l'ai jamais connu et pourtant encore maintenant il m'arrive de penser à elle. J'en parlerai plus loin. Pour le moment, revenons-en à Annie, petite fille toute blonde de 4 ans, elle était vraiment ce que l'on appelle pot de colle. On avait beau me dire que c'était parce qu'elle m'aimait bien qu'elle me poursuivait comme çà, mais moi çà me m'arrangeait pas toujours. Quand j'avais la chance de la voir arriver par la fenêtre, j'allais vite me planquer mais peine perdue elle me trouvait toujours. On devait certainement lui dire où je me cachais. (On n'est jamais trahi que par les siens).
J'aimais quand même bien ce petit pot de colle mais toutefois, j'avais un problème car au bout de la rue il y avait une autre petite fille, elle devait avoir 5 ans et je ne voyais qu'elle. Elle avait de longs cheveux frisés qui formaient des anglaises et d'une couleur roux mi-cuivre, mi-auburn. Quand je dis que je ne voyais qu'elle, c'était plutôt que je ne pensais qu'à elle, car elle ne sortait jamais dans la rue, elle était apparemment toute seule avec ses parents dans la maison et le jardin. Il n'y avait pas de relations de voisinage entre eux et ma marraine, bonjour, bonsoir, et c'était tout. Par contre je l'apercevais tous les dimanches au moment de la messe, seulement à l'aller et au retour on ne marchait pas ensemble et ensuite pendant la messe c'était encore la méthode fin 19e début 20e siècle, les familles avaient leurs chaises réservées avec le nom gravé sur une plaque posée sur le prie-dieu. Et bien sur dans l'église nous n'étions pas ensemble dans le même secteur.
Bref, je ne voyais Nicole que furtivement, et çà n'a jamais été plus loin que çà. Je la revoyais bien sur tous les ans quand je retournais en vacances.
Puis chose extraordinaire à l'adolescence, je ne l'ai plus revue, on a plus jamais eu l'occasion de se croiser ou de se voir même de loin alors qu'elle n'a jamais quitté cette maison et qu'elle y demeure toujours actuellement.
Ca fait plus de 60 ans que je vais régulièrement tous les ans en Belgique et aussi dans cette rue Pachy du Try puisqu'il y avait ma Marraine et encore maintenant Madeleine mais pas de Nicole en vue.

4 - Première visite au Zoo

4/5 ans, nous sommes à Paris et ma mère nous emmène pour la première fois au zoo de Vincennes. D'autres mères de l'immeuble du quartier, étaient là également avec leurs enfants.
Nous aurions été plus âgés, on aurait pu se rendre compte du privilège d'habiter Paris car des zoos à visiter il n'y en avait que dans les capitales ou quelques grandes villes.En France, il n'y avait que le jardin des plantes et sa ménagerie à Paris et le zoo de Vincennes. Thoiry n'a été créé qu'en 1968, suivi ensuite par tous les autres parcs animaliers.
Cette visite me reste en mémoire car dès que l'on est entré au zoo, on trouvait à droite la fosse aux singes (des babouins). Tous les enfants que l'on était, étions subjugué par ces dizaines de singes qui se couraient après, se battaient, les bagarres avec des cris, les petits sur le dos de leur mère, et d'autres assis qui nous tendaient les mains pour des friandises. Avec difficulté nos mères nous ont quand même traînés vers les autres animaux mais pour ensuite un retour rapide vers les singes.

3 - Nounours, Beaudodu, Pan-Pan

Arrivé en Belgique chez ma Marraine et bien installé, j'avais 5 ans, Thérèse 7 ans et Madeleine 11 ans. Au dire de tout le monde j'avais très vite pris mes marques et mes habitudes et tous étaient très gentil, je n'avais pas à désespérer et surtout je n'avais pas du tout conscience que j'étais là pour un an, que c'est là que j'irais à l'école pour la première fois.
Le soir pour aller se coucher, Thérèse avait un ours blanc qu'elle appelait Beaudodu, Madeleine elle, avaient un ours brun qu'elle appelait  Nounours et moi je n'avais rien et tous les soirs, j'essayais d'accaparer un ours, si bien que Marraine s'est décidée à m'acheter une peluche, et mon choix n'était plus un ours mais un lapin qui m'avait plu. Il était blanc et portait un pantalon écossais, il avait aussi un noeud papillon rouge. Je n'ai pas mis longtemps pour lui trouver un nom car peu de temps avant j'avais vu Bambi au cinéma et le lapin copain de Bambi s'appelle pan-pan. Je ne sais plus si j'avais vu ce dessin-animé à Paris ou en Belgique. A noter que ces deux ours qui ont maintenant 65/70 ans, je les retrouve chaque fois que je retourne en Belgique car Thérèse les a toujours chez elle.

2 - Premier voyage en train

Mes premiers rapports avec la Belgique : j'avais peut-être cinq ans quand il fut décidé que Marraine me prendrait chez elle en Belgique pendant un an. A la sortie de la guerre en 1946, il était encore difficile de se nourrir correctement. Nous étions trois garçons dans un petit appartement de deux pièces avec coin cuisine à Paris rue de Belleville. Des voisins et amis de ma Marraine étant de passage à Paris il était convenu qu'ils me prenaient en charge à la gare du Nord pour m'emmener à Charleroi. A ce moment, je ne connaissais pas ces gens mais je n'avais pas peur car plus important pour moi, c'était de faire mon premier voyage en train. Je connaissais les trains dans les gares, le bruit que çà faisait, le sifflet des locomotives, la vapeur qui s'échappait de partout et les conducteurs de trains qui étaient tout noir à cause du charbon. Je n'étais jamais monté dans un compartiment SNCF, je ne connaissais que les rames de métro. Le métro n'était pas très intéressant, il me faisait penser à une boite qui roule et les voyages semblaient longs, on finissait par s'ennuyer. Notre appartement à Paris était si petit que lorsque je suis monté dans le train, je me suis cru dans un immense appartement avec un long couloir et plein de pièces sur le côté (c'était les compartiments). Et alors souvenir inoubliable, il y avait les wc dans le wagon alors que nous rue de Belleville, les wc étaient dans la cour.

1 - Les Mendiants

Quand j'étais enfant, adolescent, en Belgique il y avait une coutume dans les foyers. Tous les mois les pauvres du village, du quartier, passaient dans les rues et frappaient à la porte des maisons où ils avaient leurs habitudes, on les appelait  les bribeux en wallon ou les mendiants en français. Ils venaient chercher leur colis contenant des vêtements, de la nourriture ou alors une enveloppe avec de l'argent (maintenant ce sont les restos du coeur). Jacques Brel dans une de ses chansons écrit "elles tricotent tout en couleur caca d'oie pour reconnaître ses  pauvres à soi"